Liner note du CD par Max Robin Parole(s) de Swing... En provenance d’une culture où la parole donnée vaut un contrat, cela vous a un air de « parole de Gitan » ou « foi de Manouche »... On se doute bien qu’il ne sera pas (seulement) question ici de « paroles en l’air » (dussions-nous n’en retenir que cette écume mélodiquement volatile). On s’en convaincra d’autant plus lorsqu’on saura que, superbement endossés par un Sanseverino idéalement bien entouré, ces textes originaux, mis en musique par l’accordéoniste Ludovic Beier – pour parler des deux chansons qui balisent cet album – , sont dûs à Angelo Debarre lui-même. Qu’est-ce qui l’a poussé, lui le musicien, le silencieux, le taciturne, le farouche, l’homme de la culture orale, à prendre la plume pour faire état, simplement et dignement, de cette expérience constitutive, nomade et musicienne à la fois (pléonasme ?) ?
Une certaine fragilité soudain assumée aujourd’hui aux yeux de tous (forte de cette reconnaissance) ?
L’espoir ténu d’une continuité, celle d’un mode de vie « en voie de disparition », comme on dit ?
Une envie de dire les choses « comme elles sont », ne nous déplaise...
Il est vrai que les musiciens auraient, ces temps-ci, beaucoup à dire. Mais toutes ces explications ne suffiraient sans doute pas à dissiper l’événement – ce mystère. Comme si Angelo, soudain, se mettait à parler, lui qu’on a si souvent l’habitude de voir derrière une guitare. Bien sûr, les mains « parlent » aussi, orchestrant la plus grande part de cet album (il suffit d’entendre l’exposé de « Paris je t’aime ») – sur des airs de chansons (la boucle est bouclée). Et les deux compères (Angelo et Ludovic) n’ont jamais autant vibrer à l’unisson (voyez « Sous le ciel de Paris »).
Dont acte !